Suremballage : carton rouge pour le plastique !

overpackaging

Aujourd’hui, la nouveauté alimentaire ne se trouve plus à l’intérieur de l’emballage… mais à l’extérieur ! Gourdes de compote, dosettes de café, capsules biodégradables, sacs cuissons origami, coulis de fruits en seringues, bouteilles d’alcool tatouées, sculptées, conçues par des ingénieurs de l’aérospatial et dessinées par des grands couturiers … De véritables chef-d’œuvres de packaging s’exposent aujourd’hui dans nos supermarchés pour exprimer (comme dans un musée) toute la créativité ludique du marketing ! Ils emballent tout (même les produits bio) mais pas tout le monde ! Artistiques certes, pratiques oui … mais aussi toxiques ! A la fois pour notre santé et notre belle planète.
Couteux et polluants, ils sont à l’origine de dérives ahurissantes tels les concombres, les bananes, les noix de coco sous cellophane ! En Europe 60% des déchets proviennent des emballages ! Qu’ils soient en papier, carton, verre, fer-blanc, aluminium, plastique, bois, jute ou bambou ils ne sont pas inertes. Les interactions contenant-contenu sont inévitables. L’aliment peut absorber certains constituants de l’emballage qui lui-même peut être dégradé par l’acidité, l’humidité ou les gaz dégagés par l’aliment. Ces phénomènes peuvent induire une dégradation de la saveur ainsi qu’une contamination des produits.
Parmi les molécules nocives soupçonnées de migrer depuis les barquettes polystyrène, boites de conserve, sachets ou autres cannettes … les phtalates, le Bisphénol A, l’aluminium et les huiles minérales (issues du pétrole et présentes dans les encres, les adhésifs, le papier et le carton recyclés…) sont sous haute surveillance scientifique et médiatique. Ils augmenteraient les risques de pathologies hormonales, cardiovasculaires, cancéreuses …
Mais compte tenu de nos habitudes de consommation modernes, les emballages sont indispensables : yaourts, riz, œufs, boissons, plats préparés … ont tous besoin d’être conditionnés pour être transportés. Les emballages sont aussi et surtout nos meilleurs alliés pour prolonger la durée de vie des aliments, éviter leur contamination par des bactéries ou la dégradation de leur fraicheur. Ils nous protègent de toxi-infections potentiellement mortelles et ils réduisent le gaspillage. De plus, 3 burgers emballés séparément émettent moins de C02 que trois burgers dans une même barquette ! Enfin et surtout les études montrent qu’il faudrait ingurgiter plus de 20 expressos par jour pour augmenter le risque sanitaire des capsules de café. Vous pouvez continuer à tranquillement siroter votre Volluto en fantasmant sur le beau Georges !
Si l’industrie a du mal à se désintoxiquer du plastique et de ces supports publicitaires en matériaux synthétiques, les consommateurs modernes ferment les yeux sur leur part de responsabilité. Malgré leurs nostalgiques désirs d’authenticité, de terroir, d’artisanat, ils sont avides de sophistications technologiques, de design, de futur et donc de packaging de pointe, intelligents et innovants ! Ils ont surtout pris la mauvaise habitude de ne plus se poser de question sur la conservation de leurs achats. Les plus écologiques d’entre eux se tournent vers des conditionnements recyclables … mais non, là aussi, l’affaire n’est pas dans le sac ! Seule la moitié du carton est recyclée et seulement 22% de l’aluminium et du plastique connaissent une seconde vie. Recyclable ne veut pas dire non-polluant.
Des alternatives existent : acheter plus de produits frais en vrac ou sur des marchés, utiliser des encres végétales ou à faible migration, mieux gérer ses stocks afin d’éviter le gaspillage… Des consommateurs économes et respectueux, avec des filets en nylon ou des cabas à roulettes et qui ont supprimé le mot « jetable » de leur vocabulaire … ca, ça m’emballe !
Paru dans L’Echo Magazine octobre – novembre 2018
Francine Joyce -diététicienne-nutritionniste www.dietconsulting.co.uk