Rugby et Nutrition

Le XV de France à Table
Victorieux devant l’Australie, l’Argentine, Samoa, les Bleus ont bouclé leur tournée de Novembre 2012 au 4è rang de l’IRB et à la 1ère place dans nos cœurs de supporters ! (…) Le secret de leur parcours triomphal se trouve-t-il dans leur assiette ? Le médecin de l’équipe de France nous répond :
FJ : Dr Grisoli, après des années comme rugbyman de première ligne puis comme médecin de l’OM et du RC Toulonnais, vous êtes aujourd’hui le médecin des Bleus, combien de temps passez-vous à leurs côtés ?
Dr G : L’équipe de France n’est pas propriétaire d’un stade qui génère des revenus, comme les Anglais à Twickenham. Je suis l’équipe à Marcoussis où nous bénéficions d’un centre d’entrainement qui fait bien des jaloux tant au niveau du plateau technique, des terrains et des structures d’accueil que de son service d’hôtellerie. Nous louons aussi le Stade de France et j’accompagne bien sûr aussi les joueurs à tous les matchs. Nous travaillons ensemble pendant 3 périodes d’entrainement – mais pas en continu : en été dans l’hémisphère Sud, en automne au Nord et pendant 8 semaines avant le Tournoi des Six Nations.
FJ : Vous surveillez au quotidien l’état de santé des joueurs supervisez-vous aussi leur alimentation ?
Dr G : Oui, les menus sont élaborés en fonction du programme d’entrainement. Le planning des repas sur la semaine prend en compte les exigences du programme nutritionnel et la sortie hebdomadaire au restaurant dont le but est plus festif que diététique – et dont il faut généralement compenser les écarts dès le lendemain ! Notre diététicienne s’assure aux côtés du Chef, de l’enrichissement en protéines (en ajoutant jambon, œufs, laitages au petit déjeuner et pour les collations), en augmentant les portions de viande (200g à 250g) au déjeuner et au diner. Les repas se présentent en général sous forme de buffet et il est difficile de contrôler les quantités et l’apport en gras qui composent l’assiette des joueurs. Mais de peur des sanctions sévères, ils respectent en général de très près nos recommandations pour maintenir leur poids, un bon état de forme et les performances qui leurs garantissent d’être maintenus dans la sélection.
FJ : Le poids moyen des joueurs joue-il un rôle déterminant dans le succès d’une équipe ?
Dr G : Oui, et cela a été démontré. Etre plus lourd c’est être plus difficile à pousser. Les français pèsent autour de 98 kg (102 kg pour les néo-zélandais qui sont au 1er rang mondial). Toutefois, plus que le poids, c’est la puissance qu’il faut prendre en compte car pour courir de longues distances, pour plaquer et pour sprinter comme les ailiers il est préférable d’être plus léger.
FJ : Comment les joueurs gèrent-ils leur poids ?
Dr G : Ils sont pesés tous les matins. Et les jours de match, ils montent sur la balance avant ET après la rencontre pour évaluer la perte hydrique (même s’il est rare qu’ils souffrent de crampes pour cette raison). Nous utilisons aussi plusieurs fois par an, la méthode DXA (absorptiométrie biphotonique à rayons X) qui mesure en quelques minutes, la composition corporelle totale et régionale de la masse grasse, de la masse maigre et de la masse osseuse. Ceci permet d’avoir un suivi des sportifs et de mettre en place des objectifs spécifiques à chaque joueur : réduire par exemple les 18% de masse grasse d’un athlète à 15%. A son régime, il devra souvent ajouter 45 minutes de cardio à jeun le matin pour « sécher », perdre la masse grasse excessive.
FJ : Et la taille ?
Dr G : Tout dépend de leur position. Actuellement, le plus grand joueur du XV de France mesure 203 cm, le plus petit 165 cm ; les avants sont plus massifs. Les centres sont plus grands qu’avant. Et puis à l’arrière, le jeu d’évitement a évolué vers un jeu d’affrontement ce qui modifie les exigences physiques.
FJ : Quelles sont les dernières connaissances scientifiques utilisées pour élaborer les programmes d’entrainement et de récupération ?
Dr G : Les nouvelles techniques sont toujours « testées » sur les jeunes espoirs. Ainsi actuellement, les différents clubs étudient les effets de la cryothérapie qui fait parler d’elle depuis longtemps. C’est une méthode chère dont les résultats ne sont pas concluants pour le moment. Les bains glacés à 5° en alternance avec des bains chauds sont par contre systématiques après chaque match car le rugby est un sport de contusions. C’est une technique qui fait ses preuves dans le traitement des bleus et de la douleur. On l’appelle le Cycle Ecossais : 5 minutes dans le froid puis 2 minutes dans des bains chauds à remous. Sans oublier immédiatement après chaque match, les 10 minutes de vélo et le cycle de réhydratation à base de boissons protéino-glucidiques. Même avant une séance de musculation, l’hydratation (vérifiée par la couleur des urines) est essentielle.
FJ : Qu’en est-il de la créatine qui a fait beaucoup parler d’elle il y a quelques années ?
Dr G : La créatine n’est plus interdite en France et elle est passée de mode. Outre-Manche elle est toujours un peu utilisée. Certains de nos sportifs prennent de temps en temps des acides aminés branchés, de la vitamine C, des fat burners à base de guarana et de caféine, du Red Bull parfois !
FJ : Le rugby est un sport de tradition mais son célèbre aspect festif s’est donc bien modernisé ! Une approche nutritionnelle résolument scientifique a désormais mis au placard le légendaire régime bière-cassoulet ! (…) Merci Dr Grisoli de maintenir notre équipe nationale au top de sa forme et de son potentiel sportif et de faire vibrer nos émotions de supporters au rythme du ballon ovale ! (…) Propos recueillis par Francine Joyce
Paru dans L’Echo février-mars 2013

LE REGIME XV DE FRANCE
Eve Tiollier, diététicienne des Bleus nous décris la journée alimentaire type d’un joueur du XV de France : «En phase d’entrainement, une journée type correspond à une journée équilibrée normale avec des portions plus importantes et des collations conséquentes :

Petit Déjeuner :
Jus de fruit
Céréales+lait
Pain+jambon+beurre
Fromage blanc (200g)
Fruit
Collation matinale :
Smoothie/yaourts à boire
Pain
Jambon/dinde
Déjeuner
Salades composées (crudités/féculents/viande, œufs …)
Viande/poisson/œufs
Féculents+légumes
Laitage
Fruit
Dessert
Collation de l’après-midi
Jus de fruit/lait aromatisé
Biscuits secs/riz au lait/gâteau de riz
Diner
Idem déjeuner

Aucun aliment n’est interdit. Ceux qui ne sont pas «diététiquement correctes» mais très appréciés des joueurs sont programmés pour les jours après les matchs. »
Propos recueillis par Francine Joyce – Paru dans L’Echo février-mars 2013
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