Plaisir et Gourmandise

gourmandise de Noel

Et si on retrouvait le plaisir alimentaire ?
La gourmandise : un péché capital ! Depuis La Pomme biblique et aujourd’hui encore, elle est perçue comme une défaillance, une sulfureuse faiblesse, un paresseux caprice, une déviance qui nous guette et nous sollicite tous les jours dès le plus jeune âge ! On lui associe un manque de force morale, un relâchement du contrôle de soi, une absence de discipline… Elle est devenue plus tabou que les extravagances de votre libido ! La bonne nouvelle c’est que dans sa version 2018, elle se refait une vertu !
L’alimentation parfaite n’existe pas et elle n’est pas seulement une affaire de ventre. Tous les aliments ont des effets plus ou moins bénéfiques, les crudités contiennent des trésors de vitamines et de minéraux mais aussi des fibres irritantes qui en trop grandes quantités vont causer toutes sortes d’inconforts intestinaux ; le chocolat c’est une sucrerie mais aussi une excellente source de magnésium etc …
Autrefois, la nutrition n’existait pas en tant que science ; aujourd’hui elle est devenue rationnelle, médicale, analytique et a triomphalement assiégé notre quotidien. Elle étudie la physiologie et calcule notre métabolisme pour en fait, déstabiliser nos rapports avec la nourriture. Notre plaisir gustatif est aujourd’hui étouffé par la crainte de la composition chimiques des aliments ou de leur pouvoir calorique. Nous avons besoin d’être guidés par d’intimidants experts en bionutrition, des hygiénothérapeutes et autres sociologues de nos assiettes. Il faut augmenter notre ration d’omégas 3 et d’anti-oxydants, éviter les acides gras « trans », le gluten, le mercure des poissons, les végétaux ultra pesticidés, les denrées pro-inflammatoires … Essayez donc de mettre en pratique tous ces bons conseils et de rester zen sans être affamé et frustré ! La peur de nous intoxiquer nous empoisonne ; manger est devenu compliqué et se régaler parait inconciliable avec une alimentation saine.
En réalité, nous régulons naturellement notre alimentation. Notre corps est physiologiquement et psychologiquement programmé pour nous orienter vers les aliments utiles à notre organisme, ceux dont nous sommes déficients, ceux qui nous apportent un bien-être. Nous nous laissons guider de manière intuitive par nos sensations de faim ou de satiété et par nos appétits spécifiques pour consommer des aliments nécessaires à ce moment la : nous aurons plus envie de viande si nous sommes carencés en fer par exemple.
Santé ou plaisir, il n’est pas nécessaire de choisir. Pour qu’il soit bon, un repas doit être convivial. Il suffit d’enivrer vos papilles de saveurs, de textures, de couleurs pour combler tous vos sens et contrôler ainsi les appétits débridés.
Les démarches de restrictions sont sources de frustrations et de comportements compulsifs compensatoires. Foie gras, chapons truffés, marrons glacés, champagne et autres douceurs festives font partie de notre patrimoine gastronomique et ont une place légitime dans nos menus de fêtes ! C’est bien parfois de se déchainer et d’oublier les commandements monastiques de la diététique (tant que ce n’est pas quotidien ! quand même ! )
La gourmandise c’est un savoir-vivre et cuisiner reste un acte d’Amour ! Alors si à Noël on recherchait la qualité et on retrouvait la spontanéité de la gourmandise ? Le bonheur alimentaire au pied du sapin : ça c’est un délicieux cadeau !
Francine Joyce – diététicienne
Paru dans L’Echo Décembre 2017 – Janvier 2018