Blues du Solstice D’Hiver

« Noir c’est noir ! Il n’y a plus d’espoir … »  Je me suis toujours dit que Johnny Halliday avait écrit cette chanson sous un ciel d’hiver menaçant et froid ! Cette baisse d’entrain et d’énergie mentale a un nom scientifique : la dépression saisonnière.

La diminution de la longueur du jour affecte l’humeur et tend à rendre les habitants de l’hémisphère Nord plus sombres en hiver ! Même l’économie souffre de la pluvieuse météo de ce trimestre là, affichant une baisse du PIB d’au-moins 0.2% en février ! Si nous sommes tous susceptibles d’être affectés par une plus faible luminosité, certains le sont de manière plus marquée, jusqu’à devenir dysfonctionnels. Entretien avec Dr Nabli, médecin généraliste au Dispensaire Français sur les conséquences du manque d’ensoleillement.

Comment expliquez-vous cette morosité hivernale ?

Il s’agit d’un phénomène cyclique qui se produit pendant les mois d’hiver. Ceux qui ont une sensibilité particulière aux modifications hormonales liées au manque d’ensoleillement peuvent ressentir : fatigue, irritabilité, tristesse, manque d’initiative, besoin excessif de sommeil, faim exagérée … Il ne s’agit pas de paresse ; il s’agit d’un manque de luminosité qui affecte humeur et vitalité.
Que faire pour ne pas « hiberner » ?

La cause et le traitement résident dans la lumière. La lumière agit sur l’œil –sur la rétine. Elle  empêche la transformation de la sérotonine (hormone anti-dépressive) en mélatonine. Il faut sortir et profiter autant que possible du beau temps. En l’absence de soleil, il suffit de s’exposer régulièrement à 50 cm d’une source lumineuse artificielle de 10 000 Lux pour faire disparaitre les symptômes rapidement (Une journée d’automne en France est d’environ 1 500 lux, contre 100 000 en été). Attention, ces appareils dépourvus d’UV et d’infra-rouges n’ont rien à voir avec une lampe à bronzer ! Ils sont à éviter en cas de pathologie oculaire.

Qu’en est-il de la vitamine D ?
En France, la carence en vitamine D concernerait plus de 50% des adultes. Cette déficience est liée à un manque de production cutanée et à des apports alimentaires déséquilibrés. Elle entraine une malabsorption du calcium et affecte le métabolisme osseux, l’appareil cardiovasculaire et respiratoire, l’immunité, le cerveau. Les dangers du soleil sont aujourd’hui à l’origine d’une véritable paranoïa. Surmédiatisée, la peur des cancers de la peau conduit un large public à éviter le soleil et à utiliser un écran total qui protège certes, mais inhibe aussi la production cutanée de vitamine D ; or on estime que l’exposition au soleil peut procurer 80 % des besoins. Il faut être raisonnable et ne pas se surexposer. Le temps maximal d’exposition dépend du type de peau, de la région, de la saison, de l’horaire. Toutes les zones de la peau produisent de la vitamine D, pas seulement le visage et les bras. Il faut apprendre à connaitre ses limites et ne pas attendre que la peau rougisse.

Quand avoir recours à une aide médicamenteuse ?

Il n’y a pas de signe caractéristique d’une déficience en vitamine D. En cas de fatigue, douleurs diffuses chez un patient à risque (personnes agées, pathologies de malabsorption…), une prise de sang permet d’évaluer la situation. Récemment les dosages ont été augmentés. La découverte de la vitamine D est relativement récente et on manque encore d’études scientifiques pour évaluer tous les bénéfices de cette vitamine-hormone sur bien des pathologies : diabète, Alzheimer, tension artérielle, asthme …

D’ici la, let’s go « singing in the rain » !

Francine JOYCE

Paru dans L’Echo février-mars 2015

www.doctor-london.co.uk

www.dietconsulting.co.uk