Botox ou Intox ?

botox

La Face Cachée de la Toxine Botulique
Produit fétiche de l’industrie de la cosmétique, le Botox suscite régulièrement la controverse au vu des dégâts très médiatiques qu’il a pu causer dans ses applications esthétiques. La toxine botulique est aujourd’hui perçue comme une crème de beauté de luxe prescrite par des praticiens qui roulent en Ferrari … Cette image négative fait des ravages et masque l’extraordinaire potentiel thérapeutique d’une molécule qui élimine bien plus que les rides.
Petite Histoire d’un Grand Médicament
Sécrétée par une bactérie anaérobie clostridium botulinum, les propriétés de la toxine botulinique en font un poison plus puissant que le cyanure – si bien que durant la 2nde guerre mondiale les Etats Unis ont cherché à en faire une arme bactériologique. Aujourd’hui, elle est devenue la star montante des neurologues, utilisée dans le traitement des maladies caractérisées par une hypertonie musculaire ou par des contractions anormales comme les dystonies.
La toxine botulique est connue depuis des années. Son origine étymologique date du 19è siècle lorsque le botulisme (responsable de toxi-infections alimentaires graves) est décrit chez des patients ayant mangé des charcuteries « botulus » C’est le Dr Alan Scott, ophtalmologiste à San Francisco qui l’a utilisé pour la première fois dans les années 70 pour relâcher les muscles hyperactifs autours de l’œil et corriger le strabisme de jeunes patients.
L’injection précise de petites quantités de toxine botulique induit une faiblesse des muscles hyperactifs sans pour autant affecter leur fonctionnement normal.
Il ne s’agit pas de traitements curatifs, mais symptomatiques qui agissent comme relaxants musculaires en bloquant la libération d’acétylcholine et donc la transmission du flux nerveux au niveau de la jonction nerf-muscle. La force de contraction des muscles et donc les tremblements, spasmes ou rides d’expression sont diminués.
La toxine est aujourd’hui validée dans le traitement de multiples pathologies :
• pour réduire l’amplitude des tremblements dans le traitement des spasticités / raideurs musculaires d’origine neurologique ,torticolis, tics du visage…
• en ophtalmologie pour corriger certains troubles des paupières, de l’oculomotricité …
• dans le traitement des tremblements de la voix , des cordes vocales,
• en urologie pour traiter certaines formes d’incontinence ou difficultés de vidange de la vessie,
• injectée dans la plante des pieds, les paumes ou sous les aisselles, la toxine permet de réguler la production de salive (bavage) et l’hyperhydrose (ou transpiration excessive) – trouble handicapant ( la sudation peut être 40 fois supérieure à la normale) qui touche près de 3% de la population
• en gastroentérologie en cas de troubles digestifs comme les spasmes de l’œsophage,
• le traitement de la douleur, de la migraine qui concerne plus de 25% de la population, des douleurs articulaires… puisqu’elle altère l’action des neurotransmetteurs,
• le bruxisme (grincement des dents) : affection douloureuse qui peut affecter la structure dentaire et la mastication
• la dépression car il a été démontré (depuis Darwin) que le bien-être émotionnel et mental dépend en partie des mouvements du visage : poser pour une série de photos peut booster l’humeur du modèle par sollicitation des muscles du sourire. Inversement plisser les yeux ou utiliser ce que Darwin appelait « les muscles du deuil » influencerait négativement notre moral
• Pour atténuer les rides du visage
La gêne inhérente aux effets secondaires est dérisoire au regard des améliorations spectaculaires de l’état du patient. Le potentiel de La Toxine à des fins médicales ne cesse de susciter l’intérêt des cliniciens et des chercheurs… Et il est encore bien loin d’être arrivé à son apogée !
Francine Joyce
Paru dans L’Echo Mars-Avril 2017

Epices du bout du Monde : Pourquoi s’en râper ?

épices

Attention Tabou ! Les « vieux » tubercules (gingembre, topinambours, panais et autres betteraves pourpres) sont devenus les nouveaux arguments gastronomiques à la carte des plus grandes tables ! Leur saveur inattendue est devenue la promesse branchée d’un croquant parfumé pour relever tous les veaux, vaches, cochons, couvées de vos menus et d’un surcroît de piquant à votre libido !
L’invitation à saupoudrer plats et boissons d’épices aux vertus mythologiquement tonifiantes voire aphrodisiaques ne serait-elle pas la chimérique promesse de finir « dans de beaux draps » ?! Si cette réputation sur la sensualité des Roméo reste inaltérable depuis des millénaires, elle reste à démontrer scientifiquement ! On trouve aujourd’hui ces petites fantaisies aux formes tordues, aux couleurs hybrides et aux noms mystérieux (tuméric, capucine tubéreuse, chervis…) à toutes les sauces ! Elles sont des ingrédients miracle pour jongler avec les saveurs sucrées, salées et acidulées de la « World Cuisine ». D’aspect dodu, parfois tentaculaire, elles sont devenues les nouvelles pépites du potager des grands chefs et des coquins de la St Valentin !
Epice fétiche de la cuisine traditionnelle indienne, le curcuma fait partie de ces poudres dorées qui affichent d’infinis pouvoirs thérapeutiques. C’est en fait un mélange d’amidon, d’huiles essentielles et de curcumine concentrée dans la tige souterraine d’une plante du Sud de l’Asie. Il est souvent appelé le « safran de l’Inde » pour les teintes solaires dont il colore toute préparation ; les principes ayurvédiques lui prêtent le pouvoir d’harmoniser les énergies vitales. Particulièrement riche en anti-oxydants puissants qui neutralisent les radicaux libres, il est effectivement un anti-inflammatoire reconnu. Il corrige l’acidité des plats, soulage les douleurs menstruelles et digestives et peut être utilisé en cataplasme pour apaiser certaines conditions dermatologiques comme le psoriasis, l’acné ou l’eczéma. L’associer avec du poivre, des huiles végétales ou de l’ananas renforce son action thérapeutique qui reste faible si elle se limite à une utilisation culinaire. Pour qu’il soit vraiment efficace, des suppléments sous formes de gélules apporteront des quantités plus efficaces
Autre tubercule légendaire pour ses propriétés médicinales : le gingembre. Comme une grande majorité des épices, il augmente la température corporelle : idéal en cas de rhume ou de soirée en tête à tête ! Utilisé frais, en carpaccio, en tisane, en poudre, confit ou en capsules il a un rôle anti-inflammatoire reconnu scientifiquement. L’ONU a entériné ses vertus digestives car il stimule la production de bile et d’enzymes digestives et apaise les sensations de nausées (en cas de grossesse, mal des transport, chimiothérapies …) … sans effets secondaires ! Il est aussi un fortifiant et nombreux sont les sportifs qui affirment que le gingembre réduit significativement les douleurs musculaires après l’effort.
Pour favoriser la digestion, l’endormissement, la mémoire, combattre la fatigue et l’acidité gastrique, la cannelle tient aussi une place de choix sur l’autel des épices. Associée à une cuillère de miel, ses effets antioxydants, antiseptiques et vermifuges sont décuplés… délicieusement !
Ingrédients devenus aujourd’hui aussi indispensables que le sel et le poivre, ces « épices de la vie » sont des conservateurs naturels qui permettent sur un plan diététique de réduire le trop salé et le trop sucré. Une manière gourmande et pimentée de réveiller notre ancestrale mémoire culinaire !
Francine Joyce – diététicienne
Paru dans L’Echo Avril – Mai 2017

Vertiges et Etourdissements : qu’est-ce qui fait tourner le Monde ?

vertiges

Attention ! Ceux qui ont peur du vide ne devraient pas s’aventurer dans les paragraphes vertigineux de cet article ! L’Echo a aujourd’hui cherché à savoir ce que cache la sensation de « la tête qui tourne ». Accrochez-vous les prochaines lignes sont hautes en frissons et en altitude !
Un vertige est une illusion de mouvement ; une impression de déséquilibre et la sensation que l’environnement autour de soi n’est pas stable, bouge comme une vague. Souvent bénin, ce symptôme constitue un motif très courant de consultation (il concerne en fait 100% d’entre nous !) ; il doit toujours faire l’objet d’un examen médical approfondi. Les étourdissements de Tsonga en 2015 tout autant que le malaise de la Reine de de Suède hospitalisée pour vertiges le jour de son 73è anniversaire ont marqué nos esprits « étourdis ». Le point avec le Dr George Fayad, ORL à Harley Street (n° 100)
Dr Fayad : Il existe plusieurs types de vertiges. Ils peuvent être sévères ou pas (hypoglycémie / AVC…), s’accompagner de troubles de l’audition ou pas, être chroniques ou pas et sont de durée très variable. Ils s’accompagnent de symptômes très différents et impliquent plusieurs organes : l’oreille interne, les yeux, les nerfs qui transmettent des informations via le cerveau à tous les muscles du corps pour lui assurer un équilibre stable. Leur origine est multifactorielle ce qui peut compliquer le diagnostic.
Qui consulter ?
En cas de quasi syncope c’est à un cardiologue qu’il faut s’adresser ;
En cas de problèmes d’équilibre debout mais pas en position assise, il s’agit probablement d’un problème neurologique ;
En cas de déséquilibre constant ou de vrai vertige (tout tourne) il faut voir un ORL ;
Si le symptôme s’accompagne de migraines, l’origine du malaise est vraisemblablement psychogénique, les conseils d’un psychiatre seront alors précieux.
Est-ce identique pour les troubles de l’équilibre des personnes âgées ?
Dans ce cas-la, il faut surtout adapter l’environnement : mettre de bonnes chaussures, installer un bon éclairage, des rails dans la douche pour ne pas glisser, une cane pour sortir… Ces patients ont besoin du traitement kinésithérapique plutôt que des médicaments.
Et pour ceux qui souffrent de maux de tête ?
La migraine d’aujourd’hui n’est pas celle d’autrefois. Elle est souvent liée au temps passé sur des ordinateurs, dans des centres commerciaux. Les personnes très sensibles sont plus susceptibles de souffrir de ce type de malaise. Elles sont souvent dérangées par la lumière artificielle et les grands espaces, sujettes à des attaques de panique. Cela concerne 5 fois plus de femmes que d’hommes. Pour elles comme pour eux les 5 sens sont exacerbés et affectent l’équilibre général. On peut ainsi considérer l’équilibre comme le 7è sens !
A noter pour ceux qui restent penchés trop longtemps devant un écran et ressentent une impression de flottement quand ils se lèvent, il existe souvent un problème sous-jacent d’arthrose ; cela peut aussi parfois être consécutif à un « coup du lapin »
En cas d’acouphènes ?
Tout comme dans les troubles de l’audition, il s’agit probablement de la maladie de Ménière. Dans ce cas, mangez des bananes pour faire fuir l’eau de l’oreille ! Il est très rare qu’une tumeur se manifeste par un vertige.
Qu’est-ce que le « mal du débarquement » ?
Il s’agit d’un déséquilibre subjectif, la peur de glisser comme sur du verglas en descendant d’un train ou d’un bateau. Très bénin ! Cela ne doit pas vous empêcher de voyager !
Propos recueillis par Francine Joyce
Paru dans L’Echo Juin – Septembre 2017