Troubles du Comportement Alimentaire

TCA

Comment mieux comprendre votre enfant pour mieux réagir

Malgré une forte médiatisation, les troubles du comportement alimentaires (TCA) ne sont pas considérés comme de véritables maladies, mais comme un caprice d’adolescente, un moyen d’attirer l’attention ou plus généralement un fait de société. Ils touchent à l’adolescence 1 fille sur 4 et 1 garçon sur 5. Dans la population générale, la prévalence est estimée entre 1 et 3%.
Vanessa Berdugo, psychologue clinicienne à l’Hôpital Pointcaré de Garches, au Centre Hospitalier Sainte Anne et aujourd’hui au Dispensaire Français de Londres explique comment ces idées reçues retardent la détection de la maladie. Une prise en charge précoce permet de freiner voire de stopper son évolution et d’éviter les nombreuses complications.

L’amaigrissement est-il le symptôme principal de l’anorexie ?
Pas nécessairement. Au début, les signes ne sont pas toujours visibles. Une jeune fille peut restreindre radicalement son alimentation sans paraître maigre. De même au cours du traitement, elle peut reprendre du poids sans pour autant être guérie. Le diagnostic ne se pose pas en fonction d’un poids déterminé mais sur son évolution cours du temps.
Les symptômes se développent généralement vers 12-13ans ou durant la période de transition entre l’adolescence et l’âge adulte (17-18ans).
La caractéristique la plus évidente est un amaigrissement significatif lié au refus de maintenir un poids corporel minimal. L’arrêt des règles, conséquences de la dénutrition, est fréquent, sauf s’il est masqué artificiellement par la prise d’un produit de substitution hormonal (pilule contraceptive).
Quels critères caractérisent l’anorexie ?
✔ le refus de maintenir un poids normal pour l’âge et la taille.
✔ la peur intense de grossir alors que le poids est inférieur à la normale
✔ l’altération de la perception de son propre corps et son influence excessive sur l’estime de soi ; le déni de la gravité de la maigreur actuelle
✔ Pratique excessive d’exercices physiques
✔ après la puberté, l’absence d’au moins 3 cycles menstruels consécutifs
✔ dans certains cas, crises de boulimie et/ou vomissements provoqués avec parfois prise de purgatifs (laxatifs, diurétiques, lavements)
Et la boulimie ?
Elle affecte 30% des patients souffrant d’un TCA. Après des tentatives de perte de poids, la jeune femme peut perdre le contrôle de son alimentation et manger excessivement. Pour éviter de grossir, elle va intensifier la restriction alimentaire, jeûner, se faire vomir, abuser de laxatifs ou de diurétiques, ou encore pratiquer une activité physique intensive. Les boulimiques ont un poids normal et ne nient pas la maladie. 50% des patients qui ont présenté un épisode d’anorexie ou de régime strict développent à un moment de leur évolution des comportements boulimiques.
Selon le Dr. Y Simon « les TCA peuvent être considérés comme un mode d’adaptation à un sentiment d’insécurité au cours de la construction de l’identité ou des relations interpersonnelles : inquiétude face au regard des autres, peur d’être jugé, sentiment d’incapacité à contrôler certains aspects de la vie (poids, intégration à l’école, adhésion au groupe de jeunes, conflits entre les parents, maladie d’un proche…). Le jeune trouve alors dans le contrôle de son alimentation, une certaine fierté, une sécurité sur laquelle peu ont le pouvoir d’interférer ».
Ces jeunes ont souvent été dans leur enfance obéissantes et attentives à ne pas poser de problèmes. Pour elles, la restriction alimentaire peut apparaître comme une manière inoffensive de prendre le contrôle sur leur vie. Malheureusement, insidieusement c’est l’anorexie qui prend le dessus.
Quelles sont les causes des TCA ?
Il n’y a pas de cause unique. Il existe des facteurs biologiques, développementaux, physiques, psychologiques, socioculturels, familiaux – place de chacun dans la famille, accès à l’autonomie, règles éducatives …) Une vulnérabilité génétique a été prouvée.
La société et la culture ont une responsabilité importante dans les idéaux de minceur qu’elles véhiculent, les conduites à risque qu’elles valorisent et la course aux performances qu’elles encouragent.
Quand consulter ?
Il ne faut pas hésiter à amener un enfant chez le médecin pour discuter de vos inquiétudes. Pour les adolescents, consulter avec les parents est de pronostic favorable mais on ne peut pas les forcer. Montrez-leurs simplement que vous restez disponibles et prêts à les l’aider.
Rien ne vous empêche de chercher de votre côté des réponses à vos questions auprès d’un médecin ou une association.
Il faut se méfier de «l’effet miracle» de la 1ère consultation. Bien souvent, après celle-ci le comportement alimentaire ainsi que le bien-être psychologique s’améliorent. Cependant, il faut être prudent car la situation doit être évaluée semaine après semaine pour confirmer la continuité de l’amélioration. La sévérité des symptômes ne permet pas de déterminer les chances de guérison. En revanche, une détection précoce de la maladie, une perte de poids peu importante, une alliance thérapeutique avec la patiente en début de traitement, un soutien familial et social sont des éléments associés à un pronostic favorable.
Comment traiter les TCA ?
Le traitement associe :
✔ suivi médical : surveillance du poids, de l’état général physique, examens complémentaires, traitement des carences
✔ suivi psychiatrique : évaluation de l’état psychique, recherche de troubles psychopathologiques associés
✔ suivi nutritionnel pour mettre en place un programme de réalimentation progressive. Il fait l’objet de négociations afin d’aboutir à un contrat décrivant les différentes étapes pour le retour à une vie normale. Il associe les parents.
✔ prise en charge de la famille dont tous les membres sont en souffrance ; elles doivent être aidées et impliquées dans les soins. Les entretiens familiaux apportent soutien et écoute ; ils permettent d’apprécier l’impact de la maladie dans la famille et les dysfonctionnements qui l’entretiennent.
✔ Psychothérapie, réalisée en groupe ou en individuel – psychanalytique ou cognitivo-comportementaliste.
Les soins peuvent être réalisés en ambulatoire et peuvent s’appuyer sur des hospitalisations à la journée sans couper le jeune de son insertion familiale, sociale et scolaire.
Quand l’hospitalisation devient-elle indispensable ?
En cas de complication médicale (troubles cardiaque, déshydratation…) psychologiques (dépression sévère, refus des soins …), de dénutrition trop sévère, lorsque la famille est débordée et doit être relayée, lorsque le traitement ambulatoire a échoué et que l’amaigrissement se poursuit.
La famille est-elle responsable ?
Les TCA peuvent survenir dans tous les contextes familiaux. La totalité de la vie quotidienne est alors désorganisée ; les conflits se multiplient mais les parents sont une ressource essentielle au traitement. Le soutien des proches est un facteur de guérison majeur chez ceux qui guérrissent.
Les frères et sœurs sont souvent les premiers à détecter ce qu’il se passe. Généralement très préoccupés par les différents aspects de la maladie mais aussi par l’épreuve que traversent leurs parents, ils peuvent se sentir délaissés mais ne s’autorisent pas à exprimer leurs propres difficultés de peur d’affliger un peu plus leurs parents.
L’école peut-elle aider ?
Il est important d’informer les professeurs pour qu’ils ajustent temporairement la quantité de travail. La jeune fille ne souhaitera certainement pas réduire sa charge d’étude et dévaloriser son travail. Le service de médecine scolaire peut jouer un rôle d’intermédiaire avec les soignants.
Bien souvent les parents craignent d’agir trop tôt. Dans le doute, il vaut mieux s’alerter pour rien et intervenir au plus vite ; ne surtout pas oublier qu’une prise en charge précoce a un impact favorable sur le pronostic.
Quand peut-on parler de guérison ?
Il est très difficile de répondre car chaque cas est particulier. On peut parler de guérison lorsque la jeune fille à l’envie de retrouver la santé, quand elle atteint un poids stable lui assurant un certain confort psychologique et émotionnel, quand elle peut contrôler son comportement et qu’elle a retrouvé le plaisir de manger.
70% à 80% des jeunes qui souffrent d’un TCA guérissent complètement. Cependant, la moitié conserve longtemps des préoccupations pour l’alimentation et le poids, surtout dans des périodes de la vie marquée par un stress, un sentiment d’insécurité ou d’échec …
La jeune fille qui guérit n’est bien souvent pas la seule à tirer des bénéfices de sa victoire. Fréquemment, la famille exprime bien plus tard qu’ils sont sortis plus forts de ce combat contre la maladie et se sentent plus proches les uns des autres.

Propos recueillis par Francine Joyce, diététicienne – nutritionniste à Londres
www.dietconsulting.co.uk
twitter @JoycePepiloo
Paru dans L’Echo Février – Mars 2016

Liens utiles :
Associations proposant des groupes de paroles, des lignes d’écoute téléphonique, des conseils et de l’entraide et adresses d’établissements spécialisés.

➔ Association d’information et d’entraide autour des troubles du comportement alimentaire (ENFINE) www.enfine.com
➔ Adresses utiles, conférences pour les familles …www.anorexieboulimie-afdas.fr
➔ Réseau TCA Francilien www.reseautca-idf.org
Propose une permanence téléphonique (médecins, psychologues, associations) 0810 037 037
➔ site anglais : b-eat.co.uk