Tendances ou Traditions ?

Healthy meal for weight dump

Le Match Nutritionnel de la Rentrée 2015

 

La rentrée c’est la saison des défilés et des nouvelles collections, des salons de l’innovation et … de toutes les hérésies alimentaires. Quelles seront les tendances 2016 ? la kalette (hybride du chou de Bruxelles et du kale) ? les fruits du baobab ? l’eau de bouleau ? la farine de criquets (histoire  d’enrichir les gâteaux en protéines bio) ? l’App qui calcule la valeur nutritionnelle des plats que vous photographiez ?

Cette année, resterez-vous fidèle à vos routines alimentaires ou vous laisserez-vous ensorceler par des tentations new wave ? Résisterez-vous aux churros de pomme de terre et à la pâte de speculos à tartiner ?

L’attrait de la nouveauté est plus fort que toute volonté humaine, que tout commandement divin ! Souvenez-vous. TOUT a commencé avec une simple pomme ! Adam, Eve … et l’irrésistible goût de la tentation. Il suffisait que le fruit soit nouveau, qu’il ne soit pas en libre service pour qu’il déclenche une insatiété irrépressible. Cela aurait pu être une banane ou un chou fleur. Ce fut LA  révélation marketing universelle pour des générations d’industriels aux dents longues : il faut innover pour séduire.

Aujourd’hui rien n’a changé. Notre motivation rabelaisienne est toujours aussi basique (du plaisir sans retenue !) et la tentation pour tout ce qui sort de l’ordinaire toujours aussi compulsive.

Ainsi, à l’heure où notre patrimoine gastronomique vient d’être classé au rang de trésor de l’humanité par l’Unesco, la tradition artisanale apparait comme rétrograde et laisse la place à de nouveaux mantras alimentaires parfois ubuesques.

  • épices pour tout pimenter (wasabi dans les yaourts, chili en infusion, vinaigre en paillettes)
  • algues cosmétiques pour que des spaghetti de wakame ou des saucisses de kombu augmentent votre potentiel beauté
  • locavorisme : philosophie économiquement patriotique pour n’acheter que des produits made-in-ici 
  • Marco Polo pour vous faire faire le Tour du Monde sans quitter la table avec des fèves Tonka, du sel blanc de l’Himalaya ou noir de Hawaï
  • packs tactiles pour que les emballages soient l’occasion d’expériences sensorielles
  • cuisine de chef pour que le luxe reste à portée de fourchette même en temps de crise : spécialités aux fruits d’ailleurs (sabayons au yuzu, verrines de kamut),  associations improbables (amaretto de cidre, panna cotta au vermouth ou à la réglisse), plats sortis des cartes de restaurants étoilés (tiramisus de courgettes, émulsion de verveine)
  • FBI attitude avec des régimes branchés aux noms codés : 2-3-7 (2 repas, 3 collations, 7 jours),  5-2 (5 jours de ripailles, 2 jours de jeûne) pour rallier au sein de salons et de forums ad hoc, des nébuleuses de tribus adeptes du «paléo», du «sans gluten», du «sans laitages», «sans glutamate» …

 

Certes nos habitudes alimentaires ont évolué dans le bon sens. Nous mangeons moins gras, moins sucré, moins salé mais la cacophonie médiatique qui nous assourdit de conseils nutritionnels jusque dans nos messageries électroniques (Comment -au choix- retrouver une taille de guêpe, contrôler le cholestérol, stimuler ses neurones, échapper à la cellulite…) nous a fait oublier les simples joies du plaisir gourmand.

L’idéologie des «croisées» de notre époque moderne c’est “manger sain”… Un légitime et pieux Graal qui nous a pourtant conduit -nous fines bouches Gauloises – à disséquer notre alimentation et à compter les calories de chacun de nos coups de fourchette ! A rechercher l’hyper-équilibre, nous avons sombré dans l’hyper-contrôle et l’obsession du faux-pas nutritionnel. Surtout, nous avons jeté aux oubliettes le savoureux coq-au-vin familial du dimanche.

Moi, ce soir, je vais concilier tendance et tradition avec : des hannetons-frites, sauce béarnaise !

 

 Francine Joyce – diététicienne – nutritionniste à Londres

www.sos-silhouette.com

paru dans L’Echo Octobre – Novembre 2015