Les hommes dans la cuisine …

cooking man

« Gastronhomme »: Le mythe de l’homme au tablier

Une avalanche d’émissions culinaires télévisées a récemment mit en scène des chefs qui, couteaux tranchants à la main, désossent des volailles avec virilité, émulsionnent des vinaigrettes avec dextérité, donnent des ordres du fond d’une chambre froide, n’aiment rien et critiquent tout. 609 étoiles ont été décernées en 2015 par le Guide Michelin : 16 à des femmes et 593 à des hommes. La haute gastronomie serait-elle une spécialité masculine ? Faut-il renoncer à offrir une tondeuse ou une boite à outils pour la fête des pères 2015 ?

Au quotidien, ce sont majoritairement les femmes qui préparent les repas. Si les hommes participent davantage à des tâches traditionnellement considérées comme masculines – faire le jardin, bricoler, s’occuper de la voiture, ils sont tout de même 10% selon un sondage Insee à cuisiner tous les jours. G. Ramsay, R. Blanc ou J. Oliver donnent l’image de la cuisine comme l’une des activités les plus valorisantes dans l’interminable liste des tâches ménagères. Ainsi, le partage des corvées déclencherait 47% des polémiques conjugales ! Pour les hommes, opter pour les fourneaux est une manière d’échapper à la serpillère, de participer sans se décrédibiliser, et de ne pas se sentir comme de «nouvelles femmes d’intérieur» ! 

Qui n’a pas vécu cet estival week-end entre amis où pendant que les femmes mettent le couvert, les hommes surveillent la cuisson des grillades, un verre à la main?
 « Formidables», «innovantes», «élaborées», les hommes chantent avec enthousiasme les louanges de leurs réalisations culinaires. Des menus cruellement jugés «sympas» et «simples» par des épouses qui admettent à peine leur suprématie au barbecue. Les clichés sexistes affirment que beaucoup n’ont jamais épluché une courgette, qu’ils demandent la «bassine» ou même «la cuvette» en désignant un saladier ou s’émerveillent devant une spatule. Certes ils ne sont pas rares ceux qui jettent les steaks hachés surgelés dans la poêle avant de les inonder de mayonnaise à l’ail ou de sauce barbecue… Un homme qui solennellement annonce «je vais cuisiner» c’est souvent l’assurance de prendre 6 kilos en un repas et de passer la soirée à ranger et à dégraisser la cuisinière ! Créative, sobre ou traditionnelle, la cuisine «masculine» est caractéristique. Certains sont devenus experts et s’en servent même comme d’un «atout séduction». C’est bien le propos de Julian Barnes dans Un Homme dans sa Cuisine où il montre que devant les fourneaux, hommes et femmes n’abordent rien de la même manière.  

Ex : quelle est celle qui n’a pas eu un jour la folle envie d’acheter une machine à pain ? Un homme ne s’encombrera jamais d’un tel appareil. Il préfèrera pétrir lui-même avec vigueur, et résistance physique.

Les réalisations culinaires masculines sont ainsi à l’origine de révélations scientifiques savoureuses. Une étude réalisée par l’université de Grenoble vient de découvrir une étiologie hormonale à la gastronomie masculine. L’utilisation et le goût pour les épices et sauces pimentées serait en corrélation directe avec leur taux de testostérone. Les échantillons de salive ont montré que plus leur taux de testostérone était élevé plus les préparations étaient piquantes, et en parallèle, leur goût du risque (financier, professionnel ou sexuel) élevé. Men like it hot !

Pour encourager de nouvelles générations masculines à mettre la main à la pâte, une émission Argentine propose d’apprendre aux hommes des recettes expliquées par une présentatrice nue – ses parties les plus intimes étant cachées, comme dans «Austin Powers»  par des fruits ou des passoires. Cette année pour son anniversaire, on offre à Roméo l’abonnement à l’émission et on l’attend les pieds sous la table !

A suivre …

Francine JOYCE diététicienne

www.dietconsulting.co.uk

paru dans L’Echo Juin- Septembre 2015