Goutte : la Maladie des Rois

goutte pied

Autrefois, les repas copieux et les boissons alcoolisées étaient des privilèges  réservés aux « grands ». Vivant dans l’opulence ils étaient donc, à l’instar de Charlemagne, Alexandre Le Grand et Louis XIV, des victimes de cette « invasion croissante des humeurs dans l’articulation* » : la Goutte. Maladie qui même au XXIè siècle garde une image « antique », elle est fréquente dans nos pays industrialisés et en expansion dans le monde entier. Huit millions d‘adultes en seraient atteints aux Etats Unis et plus de 600 000 en France – 2 fois plus qu’en 1970. 

Avis du Dr Morillon, rhumatologue à Londres au Dispensaire Français et à La Maison Médicale, sur cette saga millénaire :

En février dernier l’ancien président Jacques Chirac était hospitalisé pour une violente crise de Goutte … Ce rhumatisme est-il dangereux ?

« Il est surtout invalidant. La goutte est provoquée par un excès d’acide urique sanguin qui peut s’accumuler dans les articulations sous forme de cristaux et provoquer une réaction inflammatoire. La douleur occasionnée  peut être si intense que le drap devient insupportable. L’hospitalisation est rare car le diagnostic est facile ;  le plus souvent  c’est un orteil, une cheville ou un coude enflé, rouge pivoine, une douleur soudaine et aigüe. La prise d’anti-inflammatoires (souvent) et de colchicine, extraite de la colchique -celle qui pousse mélodieusement dans les prés nous dit la chanson- soulage rapidement mais elle s’accompagne généralement de troubles digestifs très inconfortables et mal tolérés.

Quelles sont les principales causes ?

L’alimentation est un facteur de risque classique. Cette pathologie touche peu les femmes qui sont protégées par les oestrogènes. En moyenne, une seule est atteinte pour 9 hommes.  L’hérédité joue un rôle prédominant. Il existe des familles de gouteux. On estime aussi qu’environ 20% des cas sont dus à un dysfonctionnement rénal et à une mauvaise excrétion de l’acide urique. Un régime hyper-protéiné à base de saucisson et de vergeoise n’arrange rien !

Quel est le meilleur traitement ?

En prévention, quelques mesures diététiques sont souvent suffisantes. Un régime pauvre en « purines » (charcuteries, abats, viandes, fruits de mer, huîtres) et en alcool (bière même sans alcool, vin, spiritueux) et riche en produits laitiers est vivement conseillé aux « goutteux chroniques ». Attention aussi aux sodas (sauf les light) et aliments riches en fructose qui favorisent la rétention de l’acide urique. Certains médicaments en augmentent l’élimination rénale mais il n’est pas nécessaire de traiter les hyper-uricémies asymptomatiques. Seuls 10 à 15% des hyper-uricémiques font des crises de goutte. 

En cas « d’attaque » pour reprendre la terminologie imagée des canadiens, il faut traiter la poussée inflammatoire pour calmer la douleur et diminuer le risque de nouveaux épisodes, voire l’apparition de calculs d’urate de sodium rénaux pouvant déclencher des coliques néphrétiques.  

Aujourd’hui, la goutte est prise très au sérieux car elle est considérée comme un facteur de risque cardiovasculaire. Ceux qui en souffrent sont souvent de bon-vivants qui présentent aussi à des degrés variables une hypercholestérolémie, une hypertension, un diabète. »

Messieurs … avant Noël, buvez de l’eau, beaucoup d’eau ! Ce n’est pas cette goutte la qui fera déborder le vase !

*La goutte, comme elle a été décrite  au IIè siècle par le médecin grec Rufus d’Ephèse. 

Francine Joyce

Paru dans L’Echo décembre 2014

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