” Sans Sucre “, ” 0% MG ” : les alléchantes promesses des produits allégés

allégés

Les Allégés : deux poids et deux mesures pour faire pencher la balance

En 2013, les français de 25 ans ont suivi autant de régimes que leurs ainés de 50 ans. L’obsession de la minceur conduit 25%  d’entre nous à consommer régulièrement des produits allégés.  Depuis les années 60, le business du light s’est étendu à tous les secteurs de l’agro-alimentaire même les plus improbables (bonbons, charcuterie, mayonnaise, crème fraiche, fromage…). N’est-elle pas top tendance la cannette de Coca Light habillée par Rykiel, Gaultier ou Lagerfeld ? Le ½ écrémé est devenu LA référence (avec 60% du marché du lait) et 97% des chewing-gums vendus en France sont « sans sucre ».  

Pourtant, depuis 2004 – mis à part les sodas- le marché perd 7% par an.  Un Français sur 4 n’aurait plus confiance et se méfierait du beurre qui ne se cuisine pas, de la confiture qui ne se conserve plus, des confiseries qui peuvent occasionner (c’est écrit sur l’étiquette)  des  « risques physiologiques dérangeants » – c’est le terme pudique pour diarrhées !   

Les Allégés  avec leurs couleurs pastel et leur logo légèrement incurvé au centre (comme la fine silhouette d’une gymnaste) parviennent à vous convaincre, le temps d’un coup d’œil à l’emballage, que le produit ne fait pas grossir. Ils s’accompagnent de conseils amicaux au dos du paquet et même d’une rassurante adresse web pour discuter avec des experts. Ils sont censés avoir le même aspect, la même saveur, la même texture  que leurs alter-ego classiques mais PAS la même liste d’ingrédients. Il faut pourtant un œil averti pour apprécier leurs différences nutritionnelles. Masquées par le flou laconique des étiquettes (sous couvert du mystérieux  « secret de fabrication ») elles cachent souvent une réalité inattendue et couteuse : une liste d’additifs  à vous couper l’appétit et même aussi des calories supplémentaires. 0% de matières grasses ne signifie pas 0% calories ! sans sucre ou zéro non plus – exemples :

–        au rayon céréales, les Spécial K (pour ceux qui veulent maigrir) affichent le même total calorique (375 kcal*) que les Frosties (pour les enfants qui veulent grandir)

–        les chips allégées ont une teneur en lipides réduite à 25-30% contre 35-45% pour les chips traditionnelles, mais la quantité de glucides est augmentée ; la différence calorique est donc insignifiante (-50 kcal* : Walkers 526 kcal* ; Allégées 480*)

–        pour les produits au cacao, le saccharose est remplacé par des édulcorants aux effets reconnus sur le transit, comme le sorbitol (substance active de bien des laxatifs). Sans sucres certes, mais pas sans selles (!) et surtout une teneur en lipides  augmentée d’où une valeur énergétique plus élevée (530 kcal* pour le chocolat Ligne ; pour Poulain Noir Extra 515 kcal * ; non non, je n’ai pas inversé les chiffres !).

–        La valeur énergétique par portion des plats cuisinés allégés est réduite (300 kcal* en moyenne)  mais pas la liste des additifs – plus d’une dizaine parfois (saucisses-purée au dioxyde de souffre de Weight Watchers …ça vous tente ?)

–        Pour les yaourts,  Activia  0%MG contient plus de sucre que sa version nature classique (+3g en moyenne*) pour un total calorique similaire (11 minuscules calories de différence)  

De plus, les études montrent que la mention « allégé en … » conduit à consommer 30% à 50% de produit en plus. Parallèlement à l’augmentation de produits minceur, on observe un accroissement de l’obésité. On nous a appris à « finir notre assiette » et nous manquons de repères. Faites le test avec un tube de chips. Si vous en intercalez une de couleur différente toutes les 10 unités, vous allez vous arrêter de les grignoter.

Mangez léger plutôt qu’allégé !

*pour 100g de produit                     

Francine JOYCE – diététicienne   www.dietconsulting.co.uk

Paru dans L’Echo  Juin-Septembre 2014