Cholestérol, bourreau des coeurs !

Dr De Lorenzo

Molécule naturelle sans laquelle un vertébré ne pourrait pas vivre, le cholestérol est à l’origine d’une peur collective et les médicaments utilisés pour le faire baisser font l’objet d’un débat planétaire. Depuis des années la prévention des maladies cardiovasculaires se focalise sur le cholestérol comme principal facteur de risque. En parallèle à des mesures diététiques les statines sont  de plus en plus prescrites à titre préventif (6 millions de personnes en France, 60 millions dans le Monde). Pourtant des études scientifiques récentes remettent en question l’importance donnée au cholestérol et insistent sur les effets secondaires des traitements pour le faire diminuer (douleurs musculaires, fatigue, insomnie, troubles de la mémoire…) Une étude d’aout 2013 dans le British Medical Journal atteste qu’en Angleterre les statines (un marché de 25 milliards de $ au niveau mondial) « sont prescrites inutilement dans 6 cas sur 10 et que près d’1/3 des patients qui devraient être sous statines ne le sont pas »

Face à ces chiffres inquiétants et ces points de vue contrastés voire opposés, la démarche de prévention a évolué. Elle s’oriente aujourd’hui vers une approche plus personnalisée et passe par une évaluation individuelle du risque cardiovasculaire global du patient.

Lorsque les dépôts de graisses sur les parois des artères se calcifient, ils forment des plaques d’athérome qui rigidifient les vaisseaux, gênent la circulation sanguine et peuvent conduire à un incident vasculaire. Ces pathologies sont la 1ère cause de mort prématurée en Europe -400 décès/jour en France en lien avec les complications de l’athérosclérose.

Le Dr De Lorenzo (cardiologue spécialiste des désordres lipidiques à Londres, au Hammersmith Hospital et à Medical Chambers Kensington, fils du Ministre de la Santé en Italie) estime dans son éditorial du International Journal of Clinical Practice à paraitre dans les semaines qui viennent : « la majorité des maladies cardiaques peuvent être prévenues car elles sont attribuables à des facteurs de risque sur lesquels on peut agir : tabagisme, sédentarité, surpoids, hypertension, diabète, cholestérol, régime alimentaire déséquilibré, consommation d’alcool. Cumulés, ils augmentent nous exlique-t-il, la probabilité de survenue d’une maladie ou d’un accident cardiovasculaire. La prévention est une priorité pour permettre aux patients d’améliorer leur espérance de vie. A partir de 40 ans un bilan est indispensable pour identifier les sujets à risque et éviter des tragédies. En Angleterre on estime qu’1/3 de la population souffre d’hypertension et que plus de 50% présente un taux de cholestérol supérieur aux normes ; celui-ci n’est pas un indicateur suffisant à lui seul ; il faut considérer l’ensemble des facteurs de risque. L’auscultation est très parlante. Les examens plus poussés souvent non invasifs (ECG, échographie, EBCT …) sont plus précis mais ils coûtent cher. Ils peuvent être anxiogènes et ne s’adressent qu’en 2de instance à ceux qui ont été identifiés par un médecin comme ayant un risque intermédiaire ou élevé – environ 40% des hommes et 22% des femmes en Grande Bretagne. Un screening approprié permettrait de sauver des vies et de réduire le coût de ces pathologies qui s’élève à 196 milliards d’E par an en Europe. Le recours aux médicaments doit être évalué par un professionnel ; il est inévitable en prévention secondaire (après un événement cardiaque) ».

 Francine JOYCE –  www.dietconsulting.co.uk

Paru dans L’Echo février-mars 2014