Expatriation et Prise de Poids

English Breakfast

EXPATRIATION ET PRISE DE POIDS

L’expatriation est un phénomène moderne qui concerne un nombre croissant d’individus  d’un bout à l’autre de la planète. Cette population qui voyage, s’installe et travaille à l’étranger présente malgré son niveau d’éducation généralement élevé, un risque accru de prise de poids.  La majorité de ceux qui partent  pour un simple séjour linguistique ou pour une installation plus longue appréhendent avec curiosité et un brin de méfiance la gastronomie locale et les modèles alimentaires qui les attendent sur place. Même si les changements sont moins importants s’ils s’installent en Europe que lorsqu’ils vont vivre au Moyen Orient ou en Asie, les français redoutent  ainsi – à juste titre semble-t-il, les effets de ces nouvelles habitudes sur leur état nutritionnel et sur leur tour de taille. Toute expatriation implique nécessairement  une adaptation aux produits, aux modes de vie et aux rythmes locaux. Aux traditions importées sur place, s’ajoutent les célébrations locales qui sont autant d’opportunités de s’intégrer à la culture et à la société du pays d’accueil au cour d’événements festifs souvent bien arrosés et généralement riches en calories.

A Londres, Les 2/3 de mes patients sont des français en surpoids qui ont progressivement accumulé les kilos depuis leur départ de métropole. Le légendaire Christmas Pudding et sa cohorte de spécialités « à la menthe » ne sont pourtant pas les réels responsables – tout comme les croissants ou les macarons ne peuvent  être accusés du surpoids dont se plaignent certains anglais installés à Paris ! Quelles sont donc les causes de cette prise de poids liée à l’expatriation qui semble systématique et inévitable ? A quoi s’exposent  les populations  qui vont vivre à l’étranger ? Le risque de prise de poids est-il plus grand pour ceux qui voyagent ? et pourquoi ?

Le taux d’obésité du pays d’accueil semble apporter une première indication.

Considérons l’exemple de l’Angleterre qui est notre destination la plus proche et dont la capitale accueille actuellement environ 400 000 français.

Le rapport de l’Agence Européenne de Statistiques qui a comparé le taux d’obésité de 19 pays d’Europe entre 2008 et 2009 montre qu’à cette date, plus d’un britannique sur cinq est obèse (23,9% des femmes de plus de 18 ans et 22.1% des hommes de plus de 18 ans). Les chiffres pour la France sont bien inférieurs avec 12.7% de femmes « obèses » et 11.7% des hommes. L’Angleterre détient donc le record européen absolu d’obésité en pourcentage de sa population pour les femmes, et la 2ème place pour les hommes alors que la France se situe en-dessous de la moyenne Européenne (de 15.5%).

Les différentes études sur les raisons de ce surpoids mettent en cause l’abondance des aliments à forte densité calorique et le peu d’exercice physique. Il serait toutefois simpliste d’attribuer l’excès énergétique de l’alimentation anglaise  aux simples quantités ingérées ou à la qualité des apports alimentaires des anglais. Il faut aussi se demander en quoi le modèle alimentaire britannique  affecte la population expatriée et si le taux d’obésité local est vraiment un élément déterminant dans l’évaluation des causes de la prise de poids subséquente au déménagement. La Roumanie par exemple, où le taux d’obésité ne dépasse pas 8% de la population adulte, est-elle une destination « nutritionnellement plus rassurante » ? 

Parmi les multiples causes de l’obésité, celles qui affectent plus spécifiquement les expatriés et les expose -plus qu’aux sédentaires – au risque de prise de poids, sont nous allons le voir, liées à l’environnement agro-alimentaire, au contexte socio-culturel et à l’état de santé psychologique de l’individu.

 

                                  

 

Quantités et Qualité

Par rapport à la France, l’apport énergétique moyen de l’alimentation quotidienne par personne est supérieur au Royaume Uni. En 2010, il s’élève (selon le Family Food Survey) à 2292 kcal en Grande Bretagne contre 2095,3 kcal en France  (selon le CREDOC). Il semble donc que l’apport calorique de l’alimentation anglaise soit plus élevé qu’en France.

Si l’on compare les études du CREDOC pour la France et les USA avec celles du Family Food Survey au Royaume Uni pour 2008 on constate qu’en moyenne, l’alimentation en Grande Bretagne est non seulement plus calorique, elle est aussi plus riche en glucides et en lipides qu’en France et qu’aux Etats Unis :

 

Quantités par personne et par jour

France

UK

USA

Glucides (g)

239.7

254.2

253.5

Lipides (g)

dont Acides Gras saturés (g)

79.5

33.4

83.8

32.7

78.5

25.9

Protéines (g)

86.7

69.4

81.7

Total en Kcal

2021.1

2048.6

2047.3

 

Doit-on à ce stade, attribuer ces déséquilibres nutritionnels (ces apports + élevés en graisses et en sucres) de l’alimentation anglaise à l’offre agroalimentaire locale ? La valeur nutritionnelle des produits disponibles sur le marché anglais est-elle globalement inférieure à celle des produits auxquels nos expatriés sont habitués sur le marché Français ? Explique-t-elle – au moins en partie – l’origine du déséquilibre alimentaire qui s’insinue progressivement dans la ration journalière des expatriés ? Une conclusion positive impliquerait que la qualité de l’alimentation dans le pays d’accueil est un élément déterminant dans le phénomène de la prise de poids liée à l’expatriation. Mais les expatriés ne font-ils pas simplement de mauvais choix – par négligence ou par méconnaissance des produits ?

Les denrées alimentaires sont les produits les moins internationaux – contrairement aux autres  (lessives, jouets, voitures …) qui s’exportent plus largement. Mis à part quelques grands noms comme Danone ou Coca Cola, les marques propres (Carrefour en France, Tesco en Angleterre, Walmart aux USA, Aswaaq Sufouh  à Dubaï …) très présentes dans le quotidien des consommateurs  ne le sont pas du tout à l’étranger ; il est donc difficile pour un expatrié de faire des choix judicieux dans des supermarchés locaux  où les larges gammes de produits « nationaux » lui sont totalement inconnues. Comment un européen peut-il au Japon choisir entre un dessert lacté Saty et son équivalent Jusco quand il ne connait ni l’un ni l’autre ? Sont-ils, l’un comme l’autre, nutritionnellement similaires aux produits de son pays d’origine ?

Des positionnements marketing trompeurs

La qualité nutritionnelle d’un produit est un concept difficile à appréhender pour le consommateur moyen qui se fie généralement pour ses achats au positionnement marketing de la denrée. Les allégations nutritionnelles sont les mentions les mieux repérées par les consommateurs et constituent un puissant argument d’achat. Mais si la quantité d’informations nutritionnelles sur les emballages s’est considérablement développée (liste des ingrédients par ordre  décroissant, pourcentage des AJR couverts pour 100g et par unité…) les consommateurs considèrent souvent en première instance, l’image marketing de l’aliment pour évaluer sa qualité. S’agit-il d’un produit « gourmand », « basique » ou « fonctionnel » ? Ce n’est que dans un deuxième temps seulement, que certains consommateurs vont vouloir confirmer leur première appréciation en lisant attentivement le détail des étiquettes. Or la définition des catégories : « produit  d’indulgence », « sain » ou « fonctionnel » varie considérablement  selon les pays car chaque marque définit en interne ses propres critères d’évaluation. Ainsi, ces positionnements marketing qui vont influencer de manière très significative  les choix des consommateurs, ne correspondent pas aux mêmes réalités en France, en Angleterre mais aussi dans toute l’Europe et au-delà.

Exemple d’un produit de base : le yaourt.

Retournons en Angleterre. L’éventail des produits laitiers français sur le marché anglais propose une gamme de laitages dont la valeur calorique par pot s’étale de 30 kcal à 144 kcal. Parmi eux, ceux qui totalisent plus de 115 kcal/pot sont classés comme « gourmands ».

Pour les produits lactés anglais la gamme équivalente s’étale de 42 kcal par pot à 235 kcal, avec des produits classés comme « gourmands » débutant 219 kcal.

On constate donc une différence de 100 kcal par pot entre le plus riche des desserts lactés français classés « sains » et son homologue anglais de la même catégorie. Ainsi donc la consommation hypothétique de 1 yaourt par jour pendant un an apporterait au consommateur :

pour le plus riche des yaourts français positionné comme « produit santé » :

144 Kcal x 365 jours = 52560 kcal

Pour un yaourt anglais de la même catégorie (« healthy »)  :

235 kcal x 365 jours = 85775 kcal

c’est-à-dire 33215 kcal supplémentaires sur un an par rapport au yaourt français le plus calorique de la catégorie, 66430 kcal pour 2 yaourts etc … Or ceci signifie de nombreux kilos en plus à métaboliser et une logique prise de poids pour le consommateur – expatrié ou pas. A ce stade, celui-ci ne cherche en effet qu’une différence de saveur entre différents produits du même rayon (« santé » dans l’exemple présent) qui lui apparaissent comme équivalents.

L’image santé recherchée par un nombre croissant d’entre nous ne correspond donc pas toujours aux mêmes « scores nutritionnels » dans les deux pays tout au moins pour le cas des yaourts. Il serait fastidieux d’appliquer cette comparaison à l’ensemble des denrées alimentaires en France et en Grande Bretagne (de surcroît dans le reste du monde) mais il existe des tendances qui expliquent en partie le manque de diversité et la plus grande richesse en glucides et en lipides de l’alimentation anglaise. Les importations de produits français auxquels nos compatriotes sont habitués, sont en expansion  au Royaume Uni mais elles restent très limitées dans certains domaines (en 2013, il faut toujours chercher les courgettes  au rayon produits exotiques !) et nos compatriotes n’ont souvent pas d’autre choix que le jambon blanc glacé au miel (honey roast ham), les gâteaux recouverts de « icing », les vinaigrettes enrichies de miel… De plus l’attrait ludique (donc générateur de plaisir) de la nouveauté  entraine souvent le consommateur expatrié à tester puis à intégrer à son quotidien de nouvelles spécialités dont il ignore la valeur nutritionnelle réelle et cela, quel que soit le pays d’accueil.

Par souci d’harmonisation européenne, les nouvelles règlementations ont récemment permis un rapprochement  des législations des Etats Membres et une meilleure harmonisation concernant l’étiquetage et la présentation des denrées alimentaires ainsi que la publicité faite à leur égard. Ces nouvelles dispositions – en particulier le règlement (UE) n° 1169/2011 qui rendra l’étiquetage nutritionnel obligatoire à partir du 13 décembre 2016, que la denrée alimentaire porte ou non des allégations nutritionnelles ou santé – devraient  minimiser la confusion des expatriés dans leurs achats alimentaires – en Europe tout au moins.

Mais la composition des produits industriels n’est qu’une des données du problème de la prise de poids. Des études récentes montrent aussi de grandes différences entre le modèle français et les habitudes alimentaires internationales.

La prise de poids serait-elle donc aussi d’origine culturelle ?

Les recherches dirigées en 2006 / 2007 par le Dr Clare Pettinger de l’Université de Plymouth portant sur 1000 hommes et 1000 femmes entre 18 et 65 ans en France et en Grande Bretagne, montrent que les français :

 – cuisinent avec des matières premières basiques,

– conservent  autant que possible la tradition des repas familiaux (3 par jour), 

– construisent des repas structurés (plusieurs plats),

– mangent à heures régulières

alors que l’alimentation des Britanniques repose  beaucoup plus sur une alimentation « simplifiée » :  

–        plats achetés tout prêts

–        petits déjeuners sautés + déjeuners souvent pris seul à midi – généralement  au bureau, devant un  ordinateur

–        peu de variété

–        prises alimentaires plus nombreuses et à des heures irrégulières (nombreux snacks très caloriques)  :

 

Habitudes alimentaires

France

UK

Partagent les repas en famille sur une base quotidienne

64.8%

51%

Cuisinent en utilisant des matières premières de base

61.9%

22.2%

Prennent un petit déjeuner quotidiennement

84.9%

71.3%

Consomment des chips ou des produits frits pour les snacks

6%

58.8%

Consomment biscuits / gâteaux au moins 1 fois par semaine

55.1%

63.9%

 

Résultats complets disponibles sur demande à l’auteur : Dr Clare Petting karen.mason@plymouth.ac.uk

Les impératifs de la vie au XXI è siècle sont partout dans le monde, plus intenses qu’autrefois, mais les français consacrent traditionnellement  un temps suffisant au déjeuner malgré ces exigences et ces cadences professionnelles accélérées. Celui-ci est une occasion pour développer un lien social organisé et favoriser la communication. Ces repas pris en commun impliquent une convivialité, un plaisir partagé et des échanges disciplinés qui réduisent les risques de comportements compulsifs. L’accent est autant que possible, mis sur la diversité (plusieurs composantes au repas) et sur la qualité. On constate en effet qu’en dépit de la grandissante facilité à manger à toute heure de la journée, les snacks, apéritifs et autres en-cas sont en France moins fréquents qu’au Royaume Uni, qu’aux Etats Unis (et dans de nombreux autres pays) et leurs apports énergétiques sont moins élevés.

Mais à l’étranger, la majorité des expatriés (quelle que soit leur nationalité) modifient leurs habitudes alimentaires pour s’intégrer à la société et au modèle locale. En Angleterre (tout comme aux USA  – cf étude du CREDOC « consommation et mode de vie » de septembre 2012 N° 255 . ISSN 0295-9976), le rythme des prises alimentaires est irrégulier (selon le CREDOC  à 12h30, 57% des français sont à table contre 14% des britanniques) ; elles ne correspondent pas non plus nécessairement à des repas. Le temps que les britanniques consacrent au déjeuner est court et il n’est généralement pas une occasion d’échanges, de « joyeux partage ». Ces repas sont souvent pris seuls, sans régularité au niveau des horaires, et devant un ordinateur. Ils sont plus fonctionnels que conviviaux. Ils ne sont pas une vraie pause et ils expliquent les diverses pause-café compulsives et souvent excessivement caloriques pour compenser le peu d’énergie des déjeuners. On peut voir dans ce type de modèle alimentaire (qui n’est pas uniquement spécifique à l’Angleterre et que l’on retrouve de façon typique aux USA par exemple) une cause possible – vraisemblable – de la prise de poids des expatriés tout au moins des français.

La dimension émotionnelle

Il reste un aspect difficile à appréhender de manière objective mais qui s’impose de manière très significative dans  l’évaluation des comportements alimentaires des expatriés. A Londres, les français qui viennent consulter pour une prise de poids subséquente à leur installation à l’étranger se divisent généralement en deux groupes : ceux qui très bien intégrés s’organisent  autours d’une vie sociale « intense » ponctuée de nombreuses occasions festives et ceux qui sont déçus  par les résultats de leurs initiatives sur place qui « craquent » et qui consultent en général aussi pour dépression et soutien psychologique. Les premiers « se réjouissent » ; les seconds « compensent ». Dans les deux cas, ils expriment (en partie) leurs émotions par l’alimentation : le(s) verre(s) d’alcool, les barres chocolatées et autres snacks excessivement caloriques pour célébrer ou pour se réconforter. Dans les deux cas ce sont des kilos souvent qualifiés « émotionnels » qui s’accumulent et qui ne seraient pas nécessairement apparus sans le facteur déclenchant d’un déménagement dépaysant plus ou moins réussi. Ce phénomène s’observe quelle que soit la destination, quelles que soient les modèles alimentaires en place dans la destination choisie. Si comme nous l’avons vu plus haut, l’offre agro-alimentaire locale joue un rôle certains dans la qualité nutritionnelle de l’alimentation des expatriés, il est difficile de quantifier son influence réelle et il est certain qu’elle ne peut que nuancer les effets de comportements plus ou moins compulsifs liés aux affects émotionnels d’une expatriation. 

 

Conclusion

Les causes de l‘obésité sont de plus en plus nombreuses, de plus en plus complexes et leur influence respective sur la prise de poids est difficilement quantifiable. Celles qui affectent plus spécifiquement les expatriés sont logiquement en rapport avec l’environnement (agro-alimentaire,  socio-culturel) et avec  l’état psychologique des « voyageurs ». Elles se superposent aux étiologies classiques de la prise de poids (prédisposition génétique, densité calorique des choix alimentaires, traitement médicamenteux, niveau d’activité physique …) et rendent donc ces populations plus à risque.

En Angleterre, la formidable progression de restaurants étoilés au Guide Michelin montre l’évolution de la culture locale vers des saveurs plus sophistiquées, elle ne garantit par contre en rien une amélioration de la structure des repas au quotidien.

Quelle que soit donc la destination choisie, les expatriés doivent garder à l’esprit de manière plus vigilante qu’avant leur départ,  les règles de l’équilibre alimentaire qui sont internationales !

Francine Ganansia-Joyce ; Diététicienne à Londres ; www.dietconsulting.co.uk

Paru dans Pratiques en Nutrition (Elsevier Masson) Juillet – Septembre 2013

Secrets de Cave de Taillevent

Grands-Crus

Interview Exclusive : Guillaume Jouinot – Sommelier Grand Cru !

En visite à Londres, le tout nouveau sommelier du mythique restaurant parisien Taillevent confie à L’Echo les secrets de cave du temple de la Haute Cuisine française ! Réflexions millésimées et passionnées de Guillaume Jouinot, jeune prodige de la science et du plaisir à 11°  et plus !

A 25 ans, Guillaume Jouinot conseille les dirigeants politiques, les stars hollywoodiennes et les connaisseurs les plus exigeants  du monde gastronomique. Son parcours exceptionnel ne ressemble en rien au succès express d’un de ces jeunes cuisiniers en herbe précipité devant des caméras et qui se transforme en chef après quelques très médiatiques semaines d’émissions télévisées. Son histoire est celle d’une vocation qui débute dès sa plus petite enfance où il allait choisir dans la cave de ses parents les bouteilles pour arroser les festivités familiales ! Après des études au Lycée Français de South Kensington puis au Wine and Spirit Education Trust, il obtient des postes prestigieux : le Coq d’Argent à Londres, Ledoyen à Paris et bien d’autres.

En général, les clients choisissent-ils les vins qui vont accompagner leur repas ou bien font-ils appel à votre expertise ?

90% sollicitent l’avis du sommelier et ceux qui ont une préférence me demandent de confirmer que leur choix est judicieux, ou de leur proposer une suggestion plus intéressante.

Qui goute ?

C’est le sommelier qui goute après avoir ouvert la bouteille devant les convives. Quand il s’agit d’un millésime « évolué » le vin est décanté pour exhaler les arômes – pas pour des millésimes trop vieux, pour ne pas les « brutaliser ».

Le prix exceptionnel de certaines étiquettes comme Pétrus ou Romanée-Conti est-il justifié ?

Ce qui explique le prix de ces vins (jusqu’à 6000 E la bouteille selon les millésimes) c’est le petit volume disponible sur le marché. La demande est grande ; l’offre limitée. C’est pareil pour un Château le Pin qui compte parmi les plus chers comme tous les « vins de garage » produits en petites quantités sur des petites parcelles. Certains vins moins chers vous procureront un aussi grand plaisir en bouche comme le Massetto qui, à 450 E est considéré comme le Pétrus Italien

Quels sont les vins les plus exceptionnels que vous avez goûtés au cours de votre carrière ?

Un Valpolicella 2004 de chez Romano dal Forno ; je l’ai aimé pour son côté intense, concentré, son goût très prononcé, complexe avec un côté à la fois violette, fruit noir, mokka. Un Diamond Creek de Californie aussi, pour sa saveur fruitée toute en finesse et en élégance. Dans les blancs, je citerais le Meursault 1er cru Perrières de chez Lalou Bize-Leroy (La Grande Dame de Bourgogne) qui est incisif, minéral, doté d’une très belle droiture, avec une texture « beurrée ».

Que pensez-vous de ce nouveau vin produit dans l’Hérault suivant les conseils d’experts de terrain, de spécialistes de cépages et considéré par le Guide Parker comme le meilleur du monde –le Daumas Gassac ?

Il est élaboré à 80% à partir de Cabernet Sauvignon (ce qui est très inhabituel) et complété par 10 autres cépages ; c’est un des meilleurs vins de la région, en effet !

Qu’en est-il des vins « du Nouveau Monde » ?

Ils sont de plus en plus populaires. Je vous recommande certains vins d’Afrique du Sud comme le Springfield Estate, vin blanc élaboré avec du Chardonnay : majestueux et très abordable en prix (28£) Il vous étonnera par sa texture concentrée et surtout sa magnifique couleur dorée qui rappelle celle des vins liquoreux de dessert. Je pense aussi aux vins du Chili comme le Purple Angel qui rappelle les vins de Bordeaux. A l’aveugle il serait bien difficile de les différencier.

Que dire des Malbec Argentins de plus en plus présents sur les cartes ?

Ce sont des vins de chaleur et de soleil assez alcoolisés puisqu’ils affichent 15° à 16°. Ils sont faciles à boire et vieillissent très bien mais ils sont encore meilleurs consommés jeunes.

La gastronomie moderne valorise l’audace culinaire et les associations inattendues ; observez-vous une même tendance pour les vins ?

Le rouge reste classiquement associé à la viande et le blanc aux produits de la mer même si l’on peut imaginer des innovations souples et assez délicates comme un Pinot Noir avec un poisson. J’ai une fois vu un client boire un Bordeaux 2è grand Cru classé St Julien Gruaud Laroze après avoir fini un plateau d’huîtres ! Aujourd’hui encore je frémis à l’horrible sensation métallique qu’il a du ressentir !

Les commandes sont-elles différentes à midi et le soir ?

A midi, nous servons beaucoup de vin au verre, le soir ce sont plutôt de beaux flacons !

Les digestifs sont-ils aussi populaires qu’autrefois ?

Beaucoup moins ; c’est une clientèle plus âgée qui par tradition se tourne vers les digestifs.

Que pensez-vous des vins britanniques ?

La Grande Bretagne produit d’excellents « sparkling wines » car les sols anglais sont très similaires à ceux  de la Champagne. Ces vins pétillants n’ont bien sûr pas le droit à l’appellation « Champagne » mais ils en sont vraiment très proches. Je constate quand même quand je lis L’Echo, que la Reine Elisabeth choisit des vins Français pour ses banquets !!

Propos recueillis par Francine Joyce  – diététicienne

Paru dans L’Echo octobre – novembre 2013