Dopage : la Dictature des Résultats

cyclisme

Le Tour de France 2013 est la 100è édition de la course cycliste la plus prestigieuse au monde. Il débutera le 29 juin en Corse pour couronner le roi du peloton à Paris le 21 juillet après un circuit de 3479 kms et une 21è étape en nocturne autour de l’Arc de Triomphe. Epreuve fétiche qui passionne des milliers de spectateurs, elle est aussi celle qui a mis au grand jour les occultes pratiques du dopage. Depuis les sombres aveux de Lance Armstrong, la confiance du public en l’intégrité des cyclistes et des athlètes en général vacille. Le monde des deux roues et du sport de haut niveau est scruté en tous sens au travers de ses globules rouges, de ses urines et de ses vestiaires, pendant les entrainements, au cours des compétitions et après les épreuves.
En France 17,5 millions de licences ont été délivrées en 2011 tous sports confondus. Selon les résultats de l’Agence Française de Lutte contre le Dopage présentés au Sénat le 27 mars dernier, les plus touchés par le dopage seraient par ordre décroissant : le rugby, le football, l’athlétisme, le triathlon, le basket et en 6è position le cyclisme. Rêves de podium et concurrence féroce font chanceler la probité des plus grands athlètes et les fait douter de leurs propres capacités.
Le recours à des moyens artificiels pour améliorer performances et limites physiologiques est aussi ancien que le sport de compétition lui-même. Les athlètes de la Grèce Antique consommaient des boissons fortifiantes et élaboraient des régimes « stimulants » pour se surpasser. Le terme dopage viendrait de la boisson alcoolisée des zoulous qui souhaitaient améliorer leurs prouesses à la guerre. Au XIXe, le mot fait référence à la consommation de strychnine, alcool, cocaïne et caféine par des sportifs d’endurance puis au dopage illicite des chevaux de course.
L’harmonisation de la lutte contre ces pratiques est supervisée par l’Agence Mondiale Antidopage qui élabore tous les ans une liste des produits interdits et organise des programmes de sensibilisation des sportifs en collaboration avec Interpol et l’UNESCO. L’arsenal disciplinaire varie selon les sports et la gravité des infractions commises au Code Mondial : avertissement public, amendes, annulation des résultats, redistribution des médailles, peines de prison, suspension à vie…Ces sanctions «à géométrie variable» peuvent être rétroactives -jusqu’à 8 ans après la date des contrôles. Cette sévérité s’explique par la durée des effets des pratiques dopantes (augmentation des capacités pulmonaires et cardiaques, modifications des fibres musculaires et tendineuses…) qui peuvent dépasser le temps de suspension. Aux JO de Londres, 12% des médaillés étaient des sportifs à qui on avait donné une 2nde chance…
Le Tour de France 2014 commencera dans la campagne anglaise du Yorkshire pour terminer à Londres. Verrons-nous flotter un maillot jaune français en haut de Buckingham Palace ?

Le Dopage c’est le détournement d’usage de médicaments ou de procédés pour :
• modifier la morphologie (hormones de croissance)
• augmenter la force musculaire (stéroïdes, anabolisants …)
• améliorer l’oxygénation (salbutamol, EPO, PFC)
• accroître la concentration (amphétamines, alcool, béta-bloquants)
• se surpasser (euphorisants, antalgiques…)
• perdre du poids (diurétiques),
• masquer (amphétamines, diurétiques).
*Le produit le plus détecté dans les échantillons prélevés étant le cannabis qui n’a pas d’impact direct sur la performance mais a un effet désinhibiteur.
Francine Joyce – diététicienne – www.dietconsulting.co.uk
Paru dans L’Echo Juin – Septembre 2013