Nutrition du Sportif

A-Xavier Bigard

Interview de Xavier Bigard, Médecin Général du Val-De-Grâce, Chercheur en physiologie de l’exercice.
Médecin au cours d’expéditions en Arctique, dans la brousse Sénégalaise et sur les versants de l’Himalaya, Xavier Bigard est un spécialiste des performances musculaires extrêmes et des besoins énergétiques du sportif. Il a confié à l’Echo son sentiment sur les besoins nutritionnels spécifiques des athlètes depuis l’école jusqu’aux stades olympiques !
Que conseillez-vous aux ados pour optimiser leurs performances ?
Les activités physiques proposées aux élèves doivent être ludiques pour qu’ils prennent goût à l’activité sportive. Elles doivent être compétitives pour les motiver et surtout sécuritaires, ne pas exposer les enfants à des risques pour leur santé, ne pas être pratiquées à jeun et de préférence pas après un repas !
Existe-t-il des dangers à une pratique sportive soutenue avant l’âge adulte ?
Oui car la croissance n’est pas terminée. Il faut privilégier les sports symétriques, prévoir un contrôle médical annuel. Les risques de surentrainement chez les jeunes sont toutefois plus limités que chez les adultes, car malgré un dynamisme intrinsèque, un enfant n’a généralement pas la mobilisation extrême d’un adulte qui peut le pousser à vouloir se surpasser jusqu’à entrainer des pathologies. Le plus grand danger vient souvent de l’entourage de ces petits sportifs qui sont poussés au-delà de leurs motivations. Aujourd’hui, les règles de l’entrainement et des compétitions ont été adaptées de manière très stricte pour limiter les risques d’accident.
Vous êtes l’auteur de l’ouvrage de référence Nutrition du Sportif, y-a-t-il un régime particulier aux athlètes de haut niveau ?
Plus qu’un régime, qu’un choix des aliments, il y a un comportement nutritionnel très strict et très réglé (ration d’attente, hydratation, récupération …). Contrairement à la majorité d’entre nous, un athlète ne peut pas par exemple démarrer le matin sans un petit déjeuner.
Le régime des sportifs est-il différent selon les pays ?
Absolument, car notre alimentation est très influencée par notre environnement socio-culturel. Les américains ne mangent pas comme les latins … et ces orientations se retrouvent bien sur chez les sportifs. Et puis les JO de 2012 ont lieu pendant le Ramadan ce qui va mettre les athlètes musulmans en difficulté. Les Imams vont à titre d’exception autoriser ces athlètes à repousser la célébration du Ramadan mais ceux qui voudront respecter le calendrier d’origine ne pourront pas fournir à leur corps les calories et surtout l’hydratation nécessaires, surtout en été.
En 2012 faut-il se référer aux traditions de la Grèce Antique que vous citez souvent (Milon de Crotone vainqueur X fois des Jeux Olympiques grâce à ses 10 kg de viande quotidiens)
En fait ces croyances correspondent à un comportement dopant. Les Perses buvaient de l’eau chauffée par le soleil dans des boucliers pour bénéficier de l’apport en fer de ce réceptacle. Ceci correspond à un besoin intrinsèque de l’homme de se surpasser, quitte à avoir recours à une aide extérieure pour potentialiser ses capacités naturelles. Ce peut être 2 morceaux de sucre avant d’aller courir, de la créatine avant l’entrainement, l’usage de testostérone et autres produits dopants interdits. Le meilleur régime, à tous les niveaux et tous les âges repose sur une alimentation naturelle, équilibrée et diversifiée.
Propos recueillis pour l’Echo par Francine Joyce